Modifier

Il y a peu, j'ai rejoint Exodus Privacy, association qui a développé une plateforme de détection des pisteurs dans les applications Android. Outre le travail indispensable qu'iels font, Exodus Privacy a à coeur de se tourner vers le grand public et de susciter chez ce dernier une prise de conscience quant à l'utilisation de ses données. Dans cette optique, l'association a lancé une chaîne Youtube. J'ai participé à la création de la première vidéo, Les pisteurs en deux minutes. Deux aspects m'ont paru intéressants dans cette expérience : un premier créatif et un second, plus théorique, sur le meilleur moyen de rendre accessible au grand public des notions techniques.

Expliquer un sujet technique à des néophytes ?

Les objectifs au départ étaient clairs : proposer une vidéo qui explique de manière accessible et juste ce que sont les pisteurs. Pour cela, nous avons construit le scénario de façon collective, avec d'une part des membres d'Exodus Privacy ayant développé une expertise sur le sujet, U+O39b et Lovis_IX, et d'autre part, une bibliothécaire sensible au sujet, mais n'y connaissant pas grand chose (moi, donc). Pourquoi était-ce intéressant de le faire ensemble ? On avait d'un côté, un haut niveau de connaissance sur le sujet et, de l'autre, une envie de comprendre et un usage quotidien du smartphone très grand public.

La première étape a été pour U+039b de m'expliquer les choses suivantes :

  • Qu’est ce qu’un pisteur ?
  • Comment des pisteurs se retrouvent dans une application ?
  • Pourquoi mettre des pisteurs ?
  • Les pisteurs, ils font quoi concrètement ?

A partir de ces informations, j'ai réfléchi au meilleur moyen de les reformuler pour les rendre intelligibles à une personne ayant un usage tout à fait ordinaire de son mobile et aucune appétence pour des questions techniques. Je suis donc partie des usages, dans l'idée de pouvoir, à partir d'une pratique quotidienne,élargir à des éléments techniques. C'est de là qu'est partie l'idée de mettre en scène un personnage, auquel le grand public puisse s'identifier. C'est ainsi qu'est née Camille.

Pour la petite histoire, j'avais le souhait au départ de mettre en avant un personnage non genré, d'où le nom de Camille. Mais cette contrainte s'est révélée bien vite très compliquée, et j'ai décidé qu'elle serait femme, parce qu'on a trop peu de femmes qui ne jouent pas le rôle d'une plante verte dans les vidéos sur Internet.

Nous avons donc construit le scénario à partir de la vie de Camille, de l'utilisation quotidienne de son smartphone.

Plusieurs avantages se sont dégagés de cette démarche :

  • Quand on n'est pas expert·e d'un sujet, si on est en capacité de l'expliquer à quelqu'un d'autre, cela veut dire qu'on l'a compris, et inversement.
  • J'ai pu me mettre à la place de l'usager lambda, en partant de préoccupations très grand public, en en faisant moi-même partie.
  • L'expertise des autres membres d'Exodus Privacy a été précieuse : elle a débusqué les imprécisions (j'ai ainsi découvert l'existence des données d'usage) et permis de trouver des exemples justes et pertinents.

Une contrainte créative

En parallèle de la construction du scénario, il nous a fallu réfléchir à la forme. J'avais pour cela un problème majeur : les contraintes. Je suis de celles qui pensent que les hasards peuvent être heureux et le bidouillage créatif, j'ai donc cherché à réaliser une vidéo la plus satisfaisante possible avec les moyens mis à ma disposition (qui sont peu nombreux). Il se trouve que j'avais découvert la vidéo Tea and Consent, qui explique, avec une animation simple, la notion de consentement. Sans débauche de moyen, on peut donc faire une vidéo pédagogue et efficace.

Je suis donc partie d'un dispositif très simple de dessins pris en photos, intégrés dans une vidéo le long d'une voix-off. Au départ, j'ai dessiné quelques éléments pour tester la première partie de la vidéo. Après des premiers résultats plutôt concluants, j'ai donc continué sur cette lancée.

La création des dessins

Ce choix a vite révélé une limite importante : certains éléments de la narration étaient difficiles à dessiner. Par exemple, comment dessine-t-on le diabète ? Un pisteur ? Pour ce dernier, nous en avons parlé, évoqué plusieurs pistes (des lunettes et un chapeau pour l'aspect caché, un œil…) et nous sommes finalement tombés d'accord sur l'idée d'un aspirateur.

J'ai donc du dessiner un aspirateur. Et croyez-moi, ou non, ce n'est pas facile. Heureusement, Internet est merveilleux et j'ai trouvé cette vidéo :

Une fois tous les différents éléments dessinés au stylo noir sur du papier blanc (c'est important, vous allez comprendre), il a fallu les intégrer à une vidéo. J'avais le souhait de ne pas avoir à détourer les différentes images pour les intégrer dans la vidéo. Car détourer, c'est long. Et cette vidéo était déjà bien chronophage.

N'ayant pas de scanner, j'ai pris en photo avec mon smartphone les différents dessins, en étant très vigilante à les prendre avec la meilleure luminosité et le moins d'ombres possibles. Je les ai ensuite transférés sur mon PC, ouverts avec Gimp et j'ai poussé pour chacun le contraste au maximum. Cela a permis de rendre chaque dessin noir et (un peu) baveux, mais surtout de rendre l'arrière plan tellement blanc que je pouvais ainsi sélectionner chaque dessin en faisant une « sélection par couleur » dans Gimp. Par exemple, le dessin du travail de Camille s'est vu modifié de la façon suivante :

J'ai eu quelques problèmes avec des photos prises soit avec des ombres, soit un manque de luminosité, qui, quand j'ai augmenté le contraste, a généré du bruit, ce qui rendait le dessin inutilisable en l'état.

La création des images de la vidéo

Une fois ma banque de dessins constituée, j'ai imaginé à partir du scénario la construction de chaque image de la vidéo, avec son lot d'apparitions et de disparitions (je suis un peu la fille numérique de Houdini, c'est pour ça)..

Par exemple, pour la page de titre, la première étape a été de créer une image blanche avec Gimp de format 1280 par 768 pixels, puis de récupérer les dessins qui constituent les éléments de cette image. Pour cela :

  • j'ai ouvert le fichier avec le titre, dont le contraste était poussé au maximum
  • dans ce fichier, j'ai fait une « sélection par couleur », puis j'ai collé le dessin ainsi sélectionné sur l'image blanche.
  • J'ai redimensionné le dessin pour qu'il corresponde à la taille de la vidéo
  • Une fois l'image satisfaisante, je l'ai exportée en jpg, sous le nom de titre6.jpg.

Pourquoi titre6 ? Tout simplement parce que je souhaitais que les mots apparaissent un par un dans l'image de titre et pour cela, j'ai supprimé le dernier mot, enregistré sous titre5.jpg, puis supprimé l'avant-dernier mot, etc. pour les inclure simplement, image par image, dans la vidéo.

Jouez au jeu des 7 erreurs

L'enregistrement de la voix.

Une fois la soixantaine d'images nécessaires à la vidéo réalisées, j'ai enregistré la voix-off. Pour cela, pour une fois, je n'ai pas été contrainte par le matériel, j'ai un micro, une carte son externe et le logiciel Reaper (il est proprio, mais je l'aime). J'ai été vigilante à ne pas parler ni trop vite, ni trop lentement. La lecture à voix haute est également le moment où on sent ce qui marche et surtout ce qui ne marche pas : des répétitions un peu lourdes, une formulation alambiquée… Je n'ai rien changé sur le fond, mais ajouté quelques modifications cosmétiques, jusqu'à ce que le texte me paraisse fluide.

Le montage vidéo

Pour le montage, j'utilise Kdenlive, qui a le mérite d'être libre, facile d'accès et efficace. J'ai donc intégré les différentes images ainsi que la voix-off, puis calé les différentes images sur la voix. C'est sans doute la partie la plus satisfaisante, puisqu'on commence à voir apparaître un résultat et c'est assez rapide à faire. J'ai ajouté à la fin le logo d'Exodus Privacy ainsi que la licence d'utilisation.

Les sous-titres

Au départ j'avais intégré les sous-titres directement dans la vidéo, mais avec kdenlive, c'est vraiment compliqué et en plus ce n'est pas le plus efficace. J'ai donc découvert le logiciel Gaupol qui permet de créer des fichiers .srt de façon assez facile. Cela permet de les intégrer sur youtube, sur VLC et de pouvoir diffuser un fichier de sous-titres que certains peuvent traduire.

La création de la musique

J'ai utilisé le logiciel Linux Multimédia Studio. Dans la banque d'instruments dont il dispose, tous n'ont pas un son très satisfaisant, mais j'aime beaucoup celui des pizzicatis que j'ai donc utilisé. J'ai donc créé une musique qui jouait beaucoup sur la question de l'ambiance (neutre, inquiétante, joyeuse…). J'ai ensuite diminué son niveau sous audacity (à ma connaissance, kdenlive ne le permet pas ou alors je n'ai pas trouvé) et je l'ai intégrée à la vidéo.

Et maintenant ?

J'aime beaucoup Camille, je pense qu'elle a encore plein de choses à nous apprendre, donc pour suivre ses aventures, vous pouvez vous abonner à la chaîne d'Exodus Privacy. Et partager du datalove.