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Disclaimer : cet article va parler de contraception, d'opération chirurgicale, de règles et de douleur. N'hésite pas à passer ton chemin si tu n'es pas à l'aise avec ces thématiques. J'ai décidé d'écrire ce récit car je trouve les témoignages sur la contraception définitive trop rares.

J’ai donc décidé de passer à la contraception définitive alors que j’avais 35 ans et je savais que je ne souhaiterais plus d’enfants. J’ai décidé d’en parler à ma médecin, puisque c’est elle qui me suit d’un point de vue gynécologique. Elle m’a répondu avec une moue ennuyée que je venais de me séparer (ce qui était vrai), qu’elle me conseillait de prendre un peu plus de temps pour réfléchir et que si à 37-38 ans, j’étais toujours convaincue, on pourrait en rediscuter.

Je me suis dit qu’elle n’avait pas tort, j’étais vraiment dans une inconnue sentimentale, je lui fais globalement confiance et je me suis donc fait poser un DIU au cuivre. Ce mode de contraception a des avantages non-négligeables : une fois posé, on n’y pense plus et il n’y a pas d’hormones. Par contre, cela a pour conséquences de rendre les règles plus abondantes, et en ce qui me concerne, ça les a rendues plus fatigantes et plus douloureuses.

A 38 ans, j’étais toujours aussi sûre de moi quant au fait de ne plus enfanter. Je suis donc retournée voir ma médecin au moment de la visite gynéco annuelle, je lui en ai reparlé. Là, son discours a été totalement différent :

Oui, bien sûr, en plus les médecins ont vraiment évolué sur la question. Avant, c’était pas avant 40 ans et il fallait avoir des enfants, maintenant c’est vraiment plus souple.

Elle m’a donc fait un courrier, m’a adressée à un chirurgien obstétricien spécialisé dans cette opération. J’ai pris rendez-vous, pour le 1er avril.

Je m’étais entre-temps renseignée sur les modalités d’opération, j’ai lu des histoires de femmes à qui on refusait l’opération et qui se retrouvaient obligées de devoir se justifier de ce qu’elles souhaitaient faire de leur corps. J’avais donc un peu d’appréhension en allant à mon rendez-vous.

Le 1er avril, le chirurgien a lu mon courrier, j’ai commencé à expliquer mon parcours, pourquoi je voulais me faire ligaturer les trompes… Mais en fait, il a plutôt pris le temps de m’expliquer comment se passait l’opération, quelles étaient les suites, etc. Et la seule question qu’il m’a posée est la suivante :

Avez-vous bien conscience que c’est irréversible ?

J’ai répondu par l’affirmative, il a donc calé la date de l’intervention en comptant 4 mois de délai de réflexion (c’est le délai légal) à partir de la date du courrier de ma médecin traitant, et m’a fait signer un formulaire de consentement en me précisant que je pouvais revenir sur ce consentement à n’importe quel moment, y compris le jour de l’opération.

Il y a plusieurs types d’opération de contraception définitive. Auparavant, il était possible d’avoir une pose d’implants Essure, mais cette opération a eu des effets secondaires, ce qui fait qu’elle n’est plus pratiquée. On est revenu à une opération plus classique, avec une pose de clips sur les trompes, le tout sous anesthésie générale. Le chirurgien m’a dit prévoir un arrêt pour les 5 jours qui suivent l’intervention.

J’ai pris par la suite le rendez-vous avec une médecin anesthésiste, qui a pris mon dossier et m’a expliqué comment devait se passer mon anesthésie d’un ton monocorde, de celle qui répète ce laïus plusieurs dizaines de fois par jour.

Avançons dans le temps et passons aux jours qui précèdent l’opération :

J’ai fait une prise de sang quelques jours avant l’opération, pour vérifier que je n’étais pas enceinte et fait quelques emplettes prescrites par le chirurgien : des bas de contention, un gel lavant pour la douche pré-opératoire et des antidouleurs (du paracétamol et du Tramadol). Deux jours avant, il faut faire une dépilation à la crème d’une bande entre le nombril et le pubis. J’ai donc fait ça bien consciencieusement. Ca pue et après, ça gratte.

La zone à dépiler telle qu'indiquée par la clinique

J’ai fait les deux douches pré-opératoires : il faut se laver la veille et le matin de l’opération avec le gel lavant, partout, y compris les cheveux. J’ai aussi eu un coup de téléphone d’une infirmière quelques jours avant l’opération, qui me rappelait l’ensemble des consignes (où et quand me présenter, ce que je pouvais manger avant l’opération, des consignes pour la sortie…). Je dois reconnaître que je n’ai pas eu à m’inquiéter de préoccupation logistiques, tout était très bien organisé. Tant mieux, car autant vous l’avouer, j’étais très angoissée par l’opération et surtout par l’anesthésie.

Passons donc au jour J 

Je devais être à la clinique pour 13h, j’ai donc pu manger un petit déjeuner léger sans lait avant 7h30. On m’a installée dans une chambre, où une infirmière m’a posée les questions suivantes :

  • Votre nom et prénom
  • Votre date de naissance
  • Pourquoi êtes-vous ici ?
  • Quel chirurgien vous opère ?

Ces questions m’ont été posées systématiquement par toutes les personnes que j’ai rencontrées à la clinique.

Elle m’a indiquée comment m’habiller (avec la blouse de l’hôpital), a bien vérifié que j’avais respecté toutes les consignes pré-opératoires, que quelqu’un venait bien me chercher le soir et m’a donné des anti-douleurs.

Ensuite, un brancardier est venu me chercher, m’a posée les 4 mêmes questions, puis on a discuté BD féministe et illettrisme (je voyais bien son truc de me faire parler pour me détendre, mais c’était plutôt agréable), il m’a emmenée dans une grande salle de préparation pour l’anesthésie, où d’autres patient·e·s étaient là. C’était très étrange, il y avait une équipe joyeuse qui enchaînait les poses de cathéters en rentant de rassurer tout le monde. On m’a posé donc un cathéter sur la main gauche, après les 4 questions, ça a été douloureux (le cathéter, pas les questions).

La médecin anesthésiste est venue me voir, s’est présentée. Après les 4 questions, elle m’a demandé si mon mari venait me chercher ce soir (« heu non »), m’a dit qu’il faudrait que je retrouve ma carte de groupe sanguin (« heu oui ») et m’a informé que j’allais passer au bloc sous peu (« heu d’accord »).

Le chirurgien est venu me voir avant l’opération, m’a demandé comment j’allais, si j’avais des questions avant l’opération, a vérifié que le dossier était complet et m’a dit que j’y allais dans 5 minutes.

Des personnes sont venues me chercher, m’ont posé les 4 questions et m’ont emmenée au bloc. Au bloc, on m’a reposé les 4 questions, puis l’anesthésiste m’a interrogée sur mon tatouage en me faisant parler le plus possible. J’ai senti qu’un produit passait dans le cathéter, j’ai entamé un « oulaaa je me sens partiiiiir », on m’a répondu que c’était normal, je me rappelle d’un masque posé sur le visage et puis plus rien.

Pendant que j’étais endormie, on m’a donc posé des clips sur les trompes de Fallope, par coelioscopie. Pour cela, on m’a gonflé le ventre avec du gaz, fait deux petites incisions, une dans le nombril, une au niveau du pubis pour introduire les instruments chirurgicaux.

Mon premier souvenir après l’endormissement a été du bruit : des personnes qui parlent, des sons de machines. Le réveil a été difficile, cotonneux. Quand j’ai repris vaguement conscience, deux personnes étaient là pour m’entourer, me dire que j’étais en salle de réveil. Elles m’ont enlevée des trucs (un masque ?), je ne me rappelle plus trop. Je me rappelle surtout que je ne me sentais pas en forme du tout. Comme quand on ressort d’une sieste trop longue, mais en dix fois pire. J’ai fermé les yeux, j’ai regardé l’heure, il était 16h30. Petit à petit, j’ai commencé à reprendre pied avec la réalité, à pouvoir dire des phrases, sourire, communiquer. Mon réveil étant terminé, on m’a remise dans ma chambre.

L’infirmière qui m’avait accueillie est revenue me voir, je lui ai dit que je ne me sentais pas très bien, très fatiguée. Elle m’a dit que c’était normal, m’a expliqué que j’allais prendre un peu de temps pour me remettre, qu’on allait ensuite me lever quand je serai prête et que je pourrai manger .

Je baillais constamment, mes parents sont arrivés, ça allait un peu mieux mais c’était pas la grande forme. Et petit à petit, je me suis sentie un peu mieux. J’ai pu me lever sous le contrôle de l’infirmière, je suis allée aux toilettes, elle m’a servi un repas léger (c’était très satisfaisant). Le chirurgien est passé, il m’a informé que tout s’était passé comme prévu, il m’a donné mon compte-rendu d’hospitalisation et m’a permis de sortir de la clinique (il était environ 19h). J’ai mangé un peu chez mes parents, beaucoup bu (javais très soif), pris les anti-douleurs et je suis allée me coucher à 20h, j’ai dormi 10 heures d’affilée.

J’ai passé les deux jours qui ont suivi chez mes parents et c’était bien. Il ne faut pas sous-évaluer les douleurs et surtout la fatigue qui suivent une telle opération. Personnellement, je l’ai très clairement sous-estimée et j’ai du appeler à l’aide le troisième jour, pour me faire à manger, car je n’avais plus aucune énergie.

Concernant la douleur, j’ai pris du paracétamol et du tramadol sans discontinuer pendant les 24 premières heures, j’ai diminué le tramadol après mais je n’ai arrêté le paracétamol qu’au 4ème jour. Les anti-douleurs ont été très efficaces. Les douleurs ont été de trois sortes:

  • Les douleurs liées au gaz, qui sont vraiment les plus douloureuses. Ca peut remonter jusqu’à l’épaule et ça dure un ou deux jours. Merci le tramadol.
  • Les douleurs liées à la pose des clips : entre la douleur de règles, la sensation de pesanteur, la gêne… Ca allait et ça venait, et ça s’est estompé en 4-5 jours et je dirais que j’ai continué à ressentir quelques inconforts ponctuels pendant 2-3 semaines.
  • Les cicatrices : les deux sont toutes petites (entre 5 et 10 millimètres) mais ça reste malgré tout des incisions, j’ai donc eu mal les jours qui ont suivi et ça a continué à démanger ou tirer le temps de la cicatrisation.

Photo prise le soir de l'opération

On peut reprendre une douche 24 heures après l’opération. Les pansements sur les cicatrices s’enlèvent tout seuls et il faut juste être vigilante à ne pas laisser les cicatrices dans l’humidité (donc bien tamponner avec la serviette, ou sécher au sèche-cheveux). Il faut bien entendu être à l’écoute des signes d’alerte (une douleur trop importante, de la fièvre…) et j’avais pour cela un numéro de téléphone à joindre en cas de problème, de nuit ou de jour. Je n’en ai pas eu besoin.

Si le médecin donne 5 jours d’arrêt, ce n’est pas pour rien. Il faut impérativement prévoir de ne rien avoir à faire car la fatigue est vraiment très importante. Je me suis sentie complètement éteinte et j’ai bien apprécié d’être entourée et de pouvoir déléguer, par exemple, le fait de m’occuper de mes enfants. Si c’était à refaire, je préparerais en amont des choses à manger faciles à préparer.

Dans les semaines qui ont suivi : Je me suis très bien rétablie et je n’ai plus à m’inquiéter de ma contraception. Concernant les règles, j’ai retrouvé dès le premier cycle mes règles d’avant le DIU au cuivre : moins longues, moins abondantes, moins douloureuses. Et ça, c’est un sacré confort.