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Cela fait bien longtemps que je n'ai pas écrit sur ce blog. J'aimerais pouvoir le faire plus, mais j'ai quelques billets bloqués et je manque de temps. Il y a cependant un sujet sur lequel j'avais envie de poser des mots : la compersion dans le cadre des relations non-exclusives.

Petit disclaimer avant de continuer : je vais pas mal parler de mon vécu, de moi et donc il ne faut pas chercher dans ce texte une analyse théorique avec moultes références et mes propos resteront très subjectifs.

Commençons par un point de définition : la compersion, c'est une forme d'empathie qu'on a pour le bonheur vécu par les autres. Dans le cadre de relations polyamoureuses, cela caractérise le fait de pouvoir être heureux·se ou content·e de ce que peuvent vivre nos amoureux·ses avec leur(s) autre(s) amoureux·ses. Par exemple, si je sors avec A et que A sort avec B et C, la compersion est ce sentiment de bonheur bienveillant pour ce que vivent A et B ou A et C.

Mon propre rapport à la compersion a été au départ de l'ordre de l'incompréhension. Pour moi, c'était quelque chose d'impossible à ressentir. J'avais l'impression que les personnes ayant déjà ressenti de la compersion n'étaient pas câblées comme moi et que je n'en serai jamais capable. Et puis, comme j'ai appris à désapprendre dans le cadre des relations sentimentales, j'ai parfois la sensation de m'en rapprocher. Je crois cependant que cela n'est pas arrivé par hasard et qu'un certain nombre de consitions sont nécessaires, voire indispensables à la compersion.

Accepter que la personne avec qui je sors ait d'autres relations allait complètement à l'encontre de mon éducation et de ce qui me paraîssait "naturel". Il a fallu déconstruire un certain nombre de choses, et cela a nécessité donc du temps. Alors, toucher du bout des doigts la compersion, c'est comme vouloir aller tout en haut d'un escalier : il y a des marches, des étapes et si on en saute trop d'un coup, on peut se faire très mal.

Mon a priori était qu'en savoir trop sur les autres relations de la personne avec qui je sors n'était pas bon pour moi : plutôt la nébuleuse impalpable des "autres" que des personnes bien définies. Mais en faisant ça, j'avais la sensation de nouer des liens avec des angles morts et des non-dits, toute une partie de sa vie passée sous silence.

J'ai donc fanchi une marche en interrogeant une des personnes avec qui je sors (nommons-la A), car je voulais en savoir plus sur ses autres relations. Je me rappelle que ses réponses m'ont mises dans une dynamique de comparaison (de compétition ?) et, comme à chaque fois, je me suis orientée vers l'effacement, la fuite, le manque de confiance. Heureusement que j'ai appris à commmuniquer et ne plus (trop) garder pour moi de tels sentiments. A m'a donc rassurée et j'ai eu une vision plus claire de la place que j'avais et je me suis sentie mieux.

J'avais le sentiment qu'apprendre à connaître les autres relations de A n'était, là encore, pas une bonne idée. Je crois que je me suis trompée sur ce point. Certaines de ces personnes sont devenues des ami·e·s, suite à des moments passés ensemble, en l'absence de A, afin que les relations que nous avions avec cette personne n'interfèrent pas dans les bases de notre amitié. Cela m'a fait un bien fou et m'a permis de complètement mettre de côté cette dimension concurrentielle dont je parle plus haut.

Toutes ces découvertes et ces apprentissages m'ont permis d'accéder à plus de sérénité et de sécurité affective. J'ai l'impression d'avoir une certaine horizontalité dans toutes ces relations, remettant complètement en cause le modèle hiérarchique que suivent communément les relations amoureuses.

Ai-je vécu de la compersion pour autant ? Je pense que oui, mais je n'ai pu ressentir cela que pour des personnes en qui j'avais confiance et dans un cadre de sécurité affective fort. Dans un cadre non sécurisé, la compersion n'est pas possible. Voire même, cela peut m'arriver de ressentir une forme de jalousie ou de tristesse.

Pour finir, je me demande si la compersion est un but en soi ? Une étape ? le stade ultime des polyamoureux.ses "qui ont réussi" ? Si je me pose la question, c'est que j'ai parfois entendu cette idée dans la bouche de certain·e·s polyamoureux·ses. De mon côté, j'ai quand même l'impression que toutes ces relations reposent sur des équilibres plus ou moins faciles à trouver. La compersion est un de ces points d'équilibre et que ce n'est pas forcément aisé à atteindre ou maintenir.

Photo d'illustration par Victor U (CC BY 2.0)