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Quand j'ai lu ça, ça a été dur. Pas parce que j'ai appris quelque chose, non. J'y ai surtout confirmé deux choses : l'incompatibilité entre mon féminisme et le couple hétéronormé et le fait que je ne suis pas la seule désemparée.

Je ne vais pas vous faire un résumé des articles de Slate, mais je n'ai pu que souscrire à tous les éléments décrits et y adjoindre plein d'éléments concrets. La lecture de Libérées : le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale de Titiou Lecoq m'avait déjà permis de mettre des mots sur cette sensation : tu auras beau être féministe, ton copain/mari/compagnon/amoureux/whatever aura beau être progressiste/féministe/allié/whatever, cela ne t'empêchera pas de te retrouver dans des dynamiques de domination complètement pourries. Le couple est une prison. Une prison dorée, qu'on te vend dès ton enfance, en y associant le bonheur et l'accomplissement. Mais non, j'aurais beau tourner les choses dans tous les sens, le couple est une prison merdique dont je ne veux plus.

Et pourtant, je continue à aimer les histoires d'amour ou à chialer devant des comédies romantiques. Mon cerveau se retrouve avec des injonctions contradictoires, à rêver de l'Amour (avec des rêves de mâle protecteur, je ne vous raconte même pas...) et à avoir l'impression d'étouffer dès qu'il s'agit de possibilités concrètes.

Je racontais dans des articles précédents comme j'avais réussi à trouver un équilibre dans les relations non-exclusives, mais je crois que je me suis un peu voilée la face. Ce n'est pas La solution. En tous cas, elle n'est pas totalement satisfaisante. Elle permet certes de prendre des distances avec des dynamiques de possession, mais cela ne suffit pas. Et puis le polyamour, on y retrouve tellement de dynamique de merde, avec de la hiérarchie, des rôles genrés...

Concrètement, quand je suis attirée par quelqu'un, je me demande si le fait que je ne m'épile pas va le gêner ou pas. Ca peut paraître anecdotique : c'est au contraire très parlant. J'ai été tellement habituée à des relations où l'autre avait un pouvoir et un contrôle sur mon corps, explicite ou implicite, je n'arrive pas à m'en défaire. On peut se dire que je suis compliquée. Non, je me protège, en fait. C'est tellement triste de devoir s'effacer dans une dynamique de séduction. Je ne peux plus l'admettre.

Quand je regarde ces dernières années, je me rends compte que ma vie est plus belle depuis que ma vie sentimentale est peu remplie. Je crée plus, je suis engagée, j'ai l'impression d'être plus utile et d'être plus émancipée. Est-ce à dire que la recherche ou l'entretien de l'Amour sont de l'énergie dépensée au détriment d'autres choses ? Je commence à le croire... Je suis en colère. Le grand bonheur qui doit venir avec le couple est un mensonge. Mais pour autant, j'ai beaucoup de difficultés à aller à l'encontre des injonctions, à assumer le célibat heureux.