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Quand on me félicite pour une réussite professionnelle, je dis toujours que c'est un travail d'équipe. Quand je promet de faire quelque chose, je m'excuse à l'avance que ce ne soit pas parfait. Quand on me propose des nouvelles responsabilité, je pense que je suis juste au bon endroit au bon moment et que la personne se trompe. Je suis toujours étonnée de l'image qu'ont les autres de mes capacités, souvent bien différente de l'image que j'ai de moi-même. Je souffre du syndrome de l'imposteur.

Pour autant, tout n'est plus si sombre car j'ai décidé il y a une année d'essayer de le contrer, le dépasser. Et je crois que je ne m'en sors pas si mal.

Tout d'abord, petit point de définition. La page Wikipédia en dit suffisamment long : c'est « une forme de doute maladif qui consiste essentiellement à nier la propriété de tout accomplissement personnel ».

Chez moi ça se manifeste de multiples façons, j'en ai noté quelques exemples dans le préambule de cet article. Cela se caractérise par un doute constant sur mes capacités et la qualité de ce que je produis, avec en toile de fond l'impression de ne pas être à ma place et que quelqu'un va s'en apercevoir. Il m'est même arrivé d'imaginer que certaines personnes n'osaient pas me dire à quel point j'étais nulle. Je cauchemardais ainsi de tout ce qu'on pouvait dire de moi derrière mon dos ou de séances de critique publique permettant enfin de montrer ce que je dissimulais si bien (l'imagination, cette ressource d'insomnie sans fin).

Le syndrome de l'imposteur est donc un frein destructeur. C'est aussi une zone a priori confortable qui donne parfois l'impression, en restant dans ce cercle de doute, de ne pas se mettre en danger. Mais cela ne dissimule pas une vulnérabilité et une fragilité exacerbées.

J'ai mis du temps à m'autodiagnostiquer (« mais nooon, tu ne comprends pas, je suis VRAIMENT nulle »). Une prise de recul et un travail sur moi m'ont permis de réaliser que j'avais des sortes de facteurs aggravants. Par exemple, être une femme a très probablement joué de façon significative. L'éducation des filles les pousse plutôt vers l'effacement que l'accomplissement personnel. Et, même si je m'en défendais, je me rends compte avec le recul que bon nombre de mes choix ont toujours été, de ce point de vue, très normés.

D'autres facteurs explicatifs, des lectures et surtout des témoignages de personnes que je trouvais brillantes mais qui souffraient du même syndrôme m'ont permis d'affirmer que ce sentiment de doute constant n'était pas concordant avec ce que j'étais en capacité de faire.

Du coup, j'ai commencé à en parler. A une amie, d'abord, qui m'a ri au nez (petit truc : évitez de faire ça). Je me suis donc dit que je me trompais. Puis, je m'en suis ouverte à plusieurs autres personnes dont le père de mes enfants. Sa réponse a été sans équivoque, puisqu'il m'a dit « mais enfin, bien sûr que tu es l'incarnation du syndrome de l'imposteur ».

Maintenant que d'autres personnes l'avaient donc exprimé et rendu tangible, que ce n'était plus que dans ma tête, je pouvais donc m'y attaquer.

J'ai commencé donc à développer quelques techniques. Notamment, celle de dire simplement merci quand on me disait tout le bien qu'on pensait de ce que j'avais fait, et non de m'abriter derrière le hasard, la chance ou d'autres personnes. De proposer et non plus d'attendre. De prendre du recul sur les enjeux de (non-)réussite qui ne sont pas toujours si importants que ça. De faire des listes avec des faits... Plein de petites choses pas si faciles qui ont fait pas mal bouger les lignes.

Et puis, il y a eu l'investissement associatif. J'ai la chance de rejoint Exodus Privacy il y a maintenant un an. J'ai pris les reines de la présidence en septembre 2018. J'ai pas mal hésité, car j'avais tout simplement peur de ne pas être à la hauteur. Mais je me suis lancée, parce que, au-delà de l'utilité de ce que nous faisons, il y a au sein de cette association un collectif très encourageant et bienveillant. Et jeudi dernier, je suis intervenue avec un autre membre auprès d'étudiant.e.s ingénieur.e.s. C'était super, ça s'est très bien passé, j'ai eu l'impression d'être à ma place.

Je me dis que si j'ai réussi à avancer, c'est autant grâce à moi qu'à mon entourage. Si vous doutiez de l'importance d'encourager les personnes autour de vous, que ce soit dans un collectif ou dans un autre cadre, arrêtez : vous faites du bien à tout le monde.

Du coup, j'en profite pour dire merci. A toutes les personnes qui m'ont permis de cheminer là-dessus. Les copains-copines d'Exodus Privacy, mes ami.e.s., mes collègues. Ce n'est pas mon syndrome qui se réveille de vous dire que j'ai fait ce chemin en grande partie grâce à vous.

La photo d'illustration s'intitule "Espérance et réussite" et est sous licence CC BY 2.0 (L'auteur est vasse nicolas, antoine )