Modifier

_ Hey, tu fais quoi dans la vie ?

_ Je suis responsable des actions culturelles dans une bibliothèque.

_ Ah ! Heu. Ca doit être intéressant

Dans la vraie vie, je réponds plus généralement que je suis bibliothécaire, c'est plus simple. Sauf que, être bibliothécaire, c'est comme être informaticien·ne, ça revêt tellement de réalités différentes que ça veut tout et rien dire.

Je vais donc essayer de vous expliquer quels en sont les contours.

Tout d'abord, un point de définition : on parle parfois d'actions culturelles, parfois d'animations. En pratique, la plupart des bibliothécaires utilisent les deux mots de façon indifférenciée, mais le premier terme est plus récent et sans doute plus juste : avec l'action culturelle, on ne fait pas qu'animer. Parce que voilà, l'action culturelle, c'est la programmation d'un évènement par une bibliothèque. Cela recouvre des réalités très diverses, des heures du contes aux expositions, en passant par les rencontres, débats, concerts, tournois de jeux vidéo, café-tricots…

Avec le foisonnement des événements dans les bibliothèques, on pourait croire que les actions culturelles sont récentes... Et pourtant non : ce sont les bibliothèques jeunesse <3 qui ont débuté avec la première « heure du conte » française, à Soissons en 1921.

Les bibliothécaires jeunesse <3 sont en général très volontaires en matière d'animations, mais cela n'est pas évident pour l'ensemble de la profession. En effet, certain·e·s considèrent que leur métier repose sur la gestion des collections (=l'achat de livres et toutes les missions qui en découlent) et (éventuellement) l'accueil du public, mais que l'action culturelle n'en fait pas partie… Il y a certainement une part d'appréhension, avec la peur de ne pas savoir faire, ainsi qu'un manque de temps qui peut contribuer à reléguer les animations parmi les missions non-prioritaires.

C'est dommage, car les actions culturelles sont une manière complémentaire de proposer une médiation des collections, mais aussi de faire des bibliothèques des lieux vivants et dynamiques.

Bon, ceci-dit, c'est bien gentil, vos rencontres d'auteurs, vos conférences gesticulées et vos ateliers sonic-pi, mais, ça sert à quoi, tout ça ?

Et bien, la réponse est claire : à la même chose que les médiathèques en général ! C'est à dire, comme le dit l'Unesco, à garantir un accès gratuit et sans restriction au savoir, à la pensée, à la culture et à l’information. Et les animations contribuent à ces missions, non en plus des autres services habituels de la médiathèque, mais avec, en faisant de la médiathèque un vrai lieu de partage et d'émancipation.

J'ai à ce titre quelques exemples tirés de mon expérience personnelle :

  • Un concert de musique classique a permis à des enfants de toucher et d'entendre une harpe pour la première fois
  • Un atelier avec une illustratrice a permis à un enfant de 4 ans de, je cite, fabriquer un livre d'auteur
  • Je ne compte plus le nombre de fois où des personnes m'ont dit avoir appris des choses ou simplement passé un moment agréable avec d'autres personnes qu'elles ne connaissaient pas avant (et déjà, ça, c'est précieux)
  • Lors de lectures, spectacles ou autres événements, le public réalise que l'art est multiple, vivant et qu'il y a toute sa place.

De par son aspect événementiel, les actions culturelles bénéficient d'une visibilité particulière (il est plus facile de communiquer sur un spectacle que sur le prêt de documents, par exemple). Elles permettent également de toucher un autre public que le public habituel de la bibliothèque. Enfin, elles ont un impact fort sur l'image d'une bibliothèque et son rayonnement.

Bref, c'est trop chouette, l'action culturelle.