Modifier

Le week-end dernier, je suis allée Pont du rock à Malestroit et un homme m'a agressée. Outre la colère, le dépit, cela m'a renvoyé tout un tas de réflexions et j'avais envie (besoin?) de les partager avec vous.

Glissons ici un avertissement : vous avez compris le sujet, je vais donc décrire des scènes d'agression. N'hésitez pas à y revenir plus tard (ou pas) si jamais cela vous heurte d'une quelconque manière.

Donc, dans la nuit de samedi à dimanche, après des concerts qualitativement discutables (Kyo en tête), j'étais contente à l'idée de re-re-re...voir Ultra Vomit, fleuron nantais du métal humoristique efficace. Et, quitte à en profiter, avec mon pote, on est allés devant, dans le pit. Je connais bien le set des nantais pour les avoir vus trois fois depuis leur dernier album, mais bon, je rigolais et pogotais avec plaisir. Au moment de la Chenille, un homme m'a pris par les épaules en m'encourageant à participer, c'était plutôt drôle. Quand l'homme en question a descendu ses mains pour les mettre sur ma taille, l'alerte à relou s'est allumée dans mon cerveau, très loin. Puis au moment du Wall of chiasse, j'ai repéré que l'homme en question (appelons-le T-shirt vert, si vous voulez bien) restait non loin de moi (alarme à relou un peu plus forte), j'ai senti une main sur ma taille alors qu'il était à proximité (ouh mais ça craint). J'ai donc profité du pogo pour mettre de la distance entre lui et moi, en me disant qu'il allait me laisser tranquille.

Quelques minutes après, j'ai senti une main se glisser dans ma poche de pantalon, cherchant clairement à toucher mon sexe. En quelques instants, je suis passée de l'étonnement (qu'est ce qui se passe, là), à la compréhension (je suis en train de me faire agresser, ce mec me veut du mal) et à la réaction (je me suis retournée, j'ai repoussé le t-shirt vert, et je lui ai dit très clairement « maintenant, tu arrêtes, connard. »). Et là, il a fait comme s'il ne s'était rien passé, son regard portait au loin derrière moi comme si j'étais transparente. Je me souviens m'être demandé si c'était bien lui (mais oui, c'était lui), si je continuais à le pousser, si je demandais de l'aide (je ne sais pas si les gens qui m'entouraient ont compris ce qui se passait) et j'ai préféré la fuite. Ma réaction a eu le mérite de le faire disparaître de ma vue, mais j'ai passé le reste du concert à chercher des yeux les t-shirts verts. Autant vous dire que je n'en ai pas profité.

Mon histoire est loin d'être originale, elle est pourtant, de mon point de vue, très violente. Les concerts sont une activité que j'apprécie plus que tout et je n'ai pas envie de m'y sentir menacée. Et pourtant, c'est le cas pour les femmes dans beaucoup de festivals.

Preuve en est cet article de Ouest-France du 22 juillet 2018 titré En festival, quand t'es une fille, t'es sur tes gardes qui décrit avec justesse ce sentiment de vigilance constant et le fait que ce type d'agressions est très répandu. On notera également que "La promiscuité dans la foule, les shorts « un peu trop courts », la fête un peu trop arrosée engendrent des comportements irrespectueux."  Dans le Huffington post, enjuin 2018, Ben Barbaud, organisateur du Hellfest dit « Ça existe malheureusement dans tous les événements, certains mecs sont incapables de contrôler leurs pulsions et leurs réactions ».

Alors. On va réexpliquer quelques petites choses :

  • Je ne préciserai pas comment j'étais habillée car le simple fait d'être une femme fait de moi une victime potentielle. Donc, arrêtons avec les shorts trop courts, merci.
  • Pour l'alcool : j'ai suffisamment d'expérience de la foule et des concerts pour détecter les relous bourrés. Je peux vous garantir que T-shirt vert était très précis dans ses mouvements et très réfléchi dans sa façon d'agir. Selon moi, il n'était pas ivre du tout. Mais j'aurais du lui proposer un test d'alcolémie.
  • Et puis alors, cette histoire de pulsion, arrêtons donc… Nous sommes toutes et tous des êtes sociaux et sommes capables d'y résister.

Tous ces arguments s'apparentent à la culture du viol qui légitime le fait que les hommes aient de gros besoins et ne peuvent s'empêcher de toucher le sexe ou les seins d'une femme, parce que, bon, elle l'a cherché. Par exemple que si tu pogotes, c'est un peu que tu a envie de te faire tripoter. Miam.

C'est maintenant le moment de vous raconter ma première agression sexuelle. En journée, entre deux cours de la fac, j'étais aller appeler une copine de la cabine téléphonique (et oui, c'était il y a 20 ans), je me rappelle avoir raccroché car « quelqu'un attendait » (spoiler : il n'attendait pas la cabine téléphonique). Je suis allée faire un tour dans le parc à côté. Un homme en scooter (le même qui attendait) me dépasse, puis revient sur ses pas (en fait, il vérifiait qu'il n'y avait personne), descend de son scooter, me mets une de ses mains sur mon sexe et me pousse de l'autre. J'étais tétanisée. Passées quelques secondes, je me suis mise à hurler le plus fort possible. Il a eu un instant d'hésitation, j'ai senti que le cri lui faisait peur, j'ai donc hurlé « au viol » et il s'est enfuit.

Pourquoi je vous raconte ça ? Déjà, parce que c'est important : les viols et agressions sexuelles ne sont pas des cas isolés. C'est important de sortir de la culpabilisation et d'en parler (pour celle-ci, j'ai attendu #metoo). Et aussi parce qu'on peut voir des points communs avec l'agression de samedi soir. Je veux parler du prédateur-agresseur.

Un prédateur commence toujours par une phase d'observation, à la recherche de sa cible. Il cherchera une personne isolée, qui lui paraîtra moins susceptible de bénéficier d'une aide extérieure. Puis ensuite, il passera à l'action, il s'approchera et attaquera. Suivant la réaction de la personne attaquée, il pourra continuer son attaque ou bien fuir, si jamais la réaction le met en danger.

Mes deux agressions, je les analyse comme ça : un prédateur m'a vue comme suffisamment faible et isolée pour penser que son attaque fonctionnerait. C'est donc une question de rapport de force. Et non de pulsion ou de short trop court.

Et pour changer ce rapport de force, on fait comment ? Les réponses des festivals sont souvent les mêmes : ils dénoncent, et ils proposent une amélioration de leur organisation (des campagnes de sensibilisation des festivalier.e.s mais aussi du personnel de sécu, notamment). Il y a eu quelques condamnations d'agresseurs. Oui, mais je crois vraiment que la solution est également entre nos mains et nos yeux. Déjà, si on pouvait affirmer et défendre collectivement que ces agressions ne sont pas normales et que ce n'est pas une fatalité (This is not your fucking body est un message très clair) , ce serait un premier pas. Ensuite, intervenons, ne cautionnons pas, soyons attentif.v.es aux autres. Pour que les prédateurs se sentent un peu en danger eux aussi.

Sur ce, je vais me renseigner sur les cours de Krav Maga et je vous fais des bisous, si vous voulez bien.