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Il y a peu, sur un réseau social, une personne a fait un rapprochement entre polyamour et patriarcat, les deux étant, selon elle, favorables aux hommes cis-hétéros (je le dis de mémoire). Cela m'a fait réagir. En effet, polyamoureuse et féministe, j'ai toujours vu mon féminisme et ma façon d'aborder les relations sentimentales ou sexuelles comme indissociables. Et pourtant, cela mérite de gratter un peu plus loin...

CC François Lamotte - WordCloud résumant les 1.000 recherches les plus populaires sur le thème de la rencontre en ligne (Thème pour la St Valentin)

Avertissement : cet article se veut comme une amorce de pistes de réflexion et non comme un argumentaire définitif. En outre, si jamais vous voulez réagir (pour l'instant, vous pouvez m'envoyer un message par le formulaire de contact… et c'est tout!), rappelez-vous que même si je raconte des éléments très personnels ici, je fais ce que je veux de mes fesses.

Tout d'abord, petit point définition : le polyamour consiste à entretenir des relations non-monogames, dans lesquelles toutes les personnes impliquées sont au courant et d'accord. Pour être franche, je n'ai jamais été très à l'aise avec ce mot, qui implique la nécessité du sentiment amoureux. Selon moi, ce n'est absolument pas indispensable (voire même contre-productif). Je me reconnais plus dans l'anarchie relationnelle. Mais plutôt que des étiquettes, résumons plutôt les éléments importants : je parle ici de relations non-exclusives pour lesquelles tous et toutes ont donné leur consentement.

J'imaginais donc que la relation polyamoureuse impliquait a minima une sensibilité à la liberté de l'autre à disposer de son corps, qui, rappelons-le, est un élément de base du féminisme. Personnellement, j'ai abordé les relations polyamoureuses en revendiquant haut et fort cette liberté. J'imaginais alors que tous les polyamoureux et toutes les polyamoureuses avaient ce même rapport au corps de l'autre.

Et je suis allée à un café polyamoureux. Et j'ai bien déchanté.

Ce type de soirée permet à des personnes non-exlusives de se retrouver et de discuter. Ces espaces de parole sont très précieux, car, rappelons-le, le polyamour n'est socialement pas accepté. Il va de soi que ces cafés sont aussi des lieux de drague entre poly.

Nous avons commencé par un tour de table. J'ai mesuré combien, sur cet échantillon non-représentatif, le rapport au polyamour est très différent suivant si on est homme ou femme. En effet, toutes les femmes polyamoureuses que j'ai pu rencontrer se définissent comme féministes et voient le polyamour comme un moyen de sortir d'une certaine dimension du patriarcat, vers des relations plus libres, plus égalitaires et où leur consentement est pris en compte.

Les hommes présents étaient très différents dans leurs approches : ils avaient une façon beaucoup plus individualiste de se définir, en parlant avant tout de leurs besoins, du fait que le polyamour permettait avant tout de pouvoir avoir des relations sexuelles avec plein de femmes et montraient un fort sentiment de supériorité (nous les polyamoureux, on a tout mieux compris que tout le monde).

Encore une fois, ce n'était pas du tout un échantillon représentatif et chaque parcours est unique. Il n'empêche que je pense que le cheminement vers les relations non-exclusives est plus long pour les femmes et, je pense, nécessairement plus politisé. En effet, cela implique de déconstruire bon nombre de normes sociales relatives au couple, différents si on est femmes ou hommes. Par exemple, si on regarde de plus près le rapport à la fidélité et à la liberté amoureuse et sexuelle :

  • La liberté sexuelle est plus facilement accordée aux hommes qu'aux femmes ;
  • L'adultère, même s'il est vu comme répréhensible, ne souffre pas du même jugement social si on est homme ou femme. Cela pourra symboliser la puissance et la virilité pour le premier et apparaîtra comme plus anormale chez la seconde.

Le polyamour est-il patriarcal par essence ? En fait, je n'en sais rien, je ne crois pas. Mais ce que j'ai compris, c'est que le fait de réfléchir à la façon d'aborder nos relations amoureuses ou sexuelles est indubitablement politique. Et, d'ailleurs, pour aller bien plus loin que ce modeste billet, j'en profite pour caser une lecture qui m'a grandement aidée dans mon cheminement personnel.